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lundi, 01 mai 2017

Suite à l'article sur l'Education

Et voilà mon article sur le site de mon 'commanditaire'!

Au passage, à tous les expatriés, n'hésitez pas à acheter son livre pour enfant pour expliquer l'expatration aux petits expats: http://heureuxcommeulysse.com/

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lundi, 24 avril 2017

Au nom du père, de la belle-mère et de l'enfant roi: L'Education à l'indienne (vue par une étrangère)

On m’a demandé (c’est le début de la gloire !) de parler de l’ ‘éducation à l’indienne’. Vaste sujet ! Je me suis penchée sur la question pendant plusieurs semaines, en me cantonnant à la société que je connais et en espérant ne pas écrire trop de bêtises – difficile vu qu’en Inde on peut tout dire, le contraire est presque toujours vrai également…

inde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentsJe me suis déjà pas mal épanchée sur l’expérience que peut être d’avoir un bébé en Inde (1). Pour faire bref, si on reprend au début, il faut savoir que la belle-mère, souvent présente à l’accouchement, est la première à tenir le nouveau-né (avant la mère oui oui). La belle-sœur doit ensuite opérer un rituel – nettoyer les tétons de la mère pour les purifier et donner au nouveau-né un mélange à base de miel (jatakarma) pour qu’il soit tout doux comme un bonbon – avant que cette dernière puisse allaiter. Le ton est donc donné dès le début : le ‘parenting’ à l’indienne c’est un plutôt du ‘familying’ ou l’affaire de tout le monde, voire surtout de la belle-mère ( ;) ), ce qui peut heurter une sensibilité occidentale de mère responsable qui a ses propres vues sur ce qu’elle veut ou ne veut pas pour son enfant. Surtout si elle a épousé un Indien et doit se plier aux rites comme la cérémonie du nom ou la boule à zéro (2).

Le fils indien est élevé, dans la tradition, pour ne jamais quitter le berceau familial, ses parents ; en ce sens il est et restera un ‘enfant roi’ toute sa vie, assisté jusqu’au bout des ongles en tout ce qui consiste la tenue du ménage – ça en fait même des mecs qui ne savent pas à quoi ressemblent une papaye autrement qu’en morceaux dans leur assiette, c’est dire. C’est à la mère, dont il ne quittera jamais les jupons sauf pour quelques incartades vers ceux de sa femme, puis à cette dernière qu’incombent ces tâches. La fille indienne est élevée pour être une bonne (obéissante) belle-fille (bonniche) et surtout une mère de famille (elle n’aura réalisé sa raison d’être et acquis son droit à être sur cette Terre que quand elle aura enfanté et c’est apparemment pour ça qu’on trouve en Inde les plus vieilles femmes primipares (3) ) ; elle ne quittera probablement son foyer que pour celui de son mari et il y a de bonnes chances qu’on ne l’autorise pas à travailler, même si elle a fait des études supérieures (ça change, mais à l’allure escargot). On lui apprend le respect, l’obéissance, le renoncement à soi et à surtout ravaler ses sentiments. Si par malheur une tragédie comme une fausse-couche arrive, « rien de sert de pleurer il faut oublier et aller de l’avant ». Faire le deuil, vivre ses émotions, et puis quoi encore ? C’est exprimé un peu abruptement mais c’est encore bien comme ça.

Mais revenons à cette notion d’enfant roi. Les parents français aiment leurs enfants, mais essayent de limiter le bouleversement que leur arrivée implique, autrement dit de ne pas sacrifier (toute) leur vie à l’autel de celle de leur marmaille. Par exemple l’’intimité’ du couple garde son importance et guide l’organisation du couchage. Quels Occidentaux (à part les Bobos qui remettent à la mode le ‘co-dodo’) ne s’horrifieraient pas à l’idée que les enfants dorment avec les parents ?! Jusqu’à 4 ans au moins ! Je me souviens avoir été choquée de ne pas trouver de chambre d’enfant (ni pour dormir ni pour jouer) chez un collègue indien qui avait pourtant deux pièces à coucher dans son appartement. En Inde, non seulement les enfants dorment dans le même lit que leurs géniteurs, mais également aux mêmes heures. Evoque des « horaires fixes de coucher et de repas » et on te regarde comme un monstre. Ici l’enfant vit au rythme de la maisonnée dès ses premières heures et immédiatement le monde se met à tourner autour de lui. C’est qu’intrinsèquement, le couple a peu d’importance en Inde, perdu dans le concept plus global de la famille (des beaux-parents, des enfants, des cousins, tout ça doit vivre en harmonie, et le couple (en général un couple de raison et non d’amour) doit faire les efforts qu’il faut pour ça). Dans beaucoup de sociétés occidentales, le couple est fondateur, et on conçoit même que le bonheur des enfants passe d’abord par celui du couple parental – dans notre Occident individualiste le bonheur passe par la réalisation de soi, en Inde par celui de l’accomplissement de son devoir, et TOUTE la différence est là. Pas de honte donc à partir en vacances sans son tout-petit, ce qui ne traverserait pas l’esprit d’un Indien (en plus du fait que la notion de ‘vacances’ est somme toute assez nouvelle et se limite en règle générale à rendre visite à de la famille et non pas d’aller se dorer la pilule sur la plage ou randonner dans les montagnes (sauf s’il y a un temple à voir)). On emmène également de tout jeunes enfants au cinéma voir des films d’adulte et des spectacles mettant en scène une mythologie pleine de monstres, ou on les traîne même dans les bars. Et pour finir, on ne le laisse pas pleurer les petits, c’est péché. Apparemment il serait pourtant bénéfique de les laisser exprimer leurs sentiments, que ce soit de la colère ou de la tristesse, mais ça choque trop les sensibilités.

inde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentsLe parent indien couve son petit ; ce qui ne veut pourtant pas dire qu’il l’arme pour survivre dans ce monde de brutes, à devenir indépendant, un individu à part entière ; l’individualité n’occupe en effet qu’une place bien modeste dans la structure familiale indienne. Le nouveau-né est une ‘chose’ qui passe de bras en bras, qui ‘appartient’ un peu à tout le monde, un prolongement de ses parents auquel on ne prête pas vraiment de personnalité propre, encore moins une que l’on respecte. (Je passe pour une illuminée quand j’offre à mon fils de deux ans de choisir ses vêtements lui-même.) La couvaison est plutôt du genre physique, avec des mères terriblement à l’écoute de leur petit : petits qu’elles allaitent très tard, qu’elles massent quotidiennement, qu’elles portent tout le temps. En Inde nous sommes dans une vraie culture du toucher, versus un environnement Occidental plus porté sur le parler avec des enfants qu’on laisse très longtemps allongé seul avec leurs mobiles, des enfants auxquels des mères cherchent à enseigner très très tôt à ne pas être trop ‘attachés’ car la séparation va venir vite. Bref, la mère indienne arrive même dès les premiers mois à détecter quand il va poser une pêche et arrive ainsi à le rendre ‘propre’ presque avant que ses sphincters ne soient suffisamment développés. Une méthode consiste à se balader derrière le gosse avec du papier journal, et le lui glisser sous les fesses dès qu’on repère les signes d’une défécation imminente. Si ça rate, y a plus qu’à ramasser le tout avec la feuille. Une technique complémentaire offre de laisser le bébé sans couche jouer au bac à sable et laisser sécher la pisse quand ça coule dans le pantalon – je trouve ça risqué l’hiver mais bon – apparemment les enfants apprennent vite dans ces cas-là et puis l’économie de couches soulage tout le monde : le porte-monnaie et la planète.

Quand les mères françaises vont au parc, on les trouve en général assise sur un banc à papoter pendant que la marmaille s’ébat à sa guise ; et ça me fascine. Les mères indiennes, si elles allaient au parc au lieu d’y envoyer la nounou, passeraient leur temps à courir derrière leur gosse. Un peu comme moi donc. Enfin, le comble c’est quand même ce directeur d’une chaîne de magasins pour enfants qui me vantait les mérites d’une innovation qui devrait faire un tabac en Inde : un casque pour protéger l’arrière du crâne quand les bambins tombent, parce que « tu n’imagines pas le nombre de mères qui passent leur journée à courir derrière leur progéniture avec un oreiller pour éviter qu’elle ne se blesse en apprenant à marcher » !! Si c’est pas de la couvaison dans les règles de l’art ça… (ceci-dit je n’ai personnellement jamais été témoin de ce genre de comportement).

Et la bouffe ! Le nerf de la guerre, me direz-vous. Nourrir un enfant en France semble assez simple : on le met à table, il mange tant mieux, il mange pas tant pis, il aura son plat réchauffé au dîner. Nourrir un enfant en Inde, c’est juste l’inverse : parents et grand-parents passent leur journée à enfourner qui un bout de chapati qui un morceau de sucre dans le goulot du petit, en général occupé à autre chose. Rien d’étonnant à ce que les adultes indiens soient les champions du grignotage (et c’est souvent pas des fruits qu’ils boulottent mais plutôt des trucs fris bien gras) ! Et puis à chaque visite, les premiers commentaires portent sur le poids de l’enfant – à savoir qu’en général plus il est gros mieux c’est, où « dodu » signifie « en bonne santé ».

C’est donc un peu tout ça, l’enfant roi : celui qu’on ne laisse pas pleurer, à qui on donne la becquée à longueur de temps. Sauf que l’enfant roi il se prend bien vite la réalité en pleine face et c’est d’autant pluinde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentss dur quand il a été habitué à tout autre chose pendant ses tendres années : quand toutes ses mignonneries ne sont plus de son âge, il a intérêt à grandir fissa. Par exemple, quand je racontais que mon fils venait d’appeler son père par son prénom pour la première fois et que je trouvais ça trop chou, on m’a expliqué qu’à deux ans ça fait rire tout le monde et qu’à cinq il se prendrait une baffe. Ils ont la main assez lourde les Indiens, les claques pleuvent et même les instituteurs n’y vont pas avec le dos de la cuillère – bref, la France il y a quelques décennies. Faut dire aussi qu’en Inde, le ‘respect’ des plus âgé est sacré. L’enfant est roi mais pas dieu non plus ! Il est donc de très mauvais goût de remettre en question ses parents, pire de leur désobéir (surtout sur des sujets à peine primordiaux comme les études, la carrière et le mariage, là point de discussion) – c’est presque inconcevable pour un Occidental habitué à contester tout et tout le temps et avec tout le monde. Le dialogue est donc parfois difficile, en plus du fait que certains sujets sont complètement tabous, comme la sexualité (et ses abus), l’alcool, les drogues etc. Bref on passe sous silence pas mal de discussions fondamentales et sensibles, parce qu’ « ici on ne parle pas de ces choses-là ». Il est d’ailleurs assez intéressant de constater que vivre ensemble à beaucoup ne signifie pas vraiment communiquer mieux, au contraire. Les Indiens, qui sont pourtant de grands émotifs, expriment peu leurs sentiments, il faut savoir lire entre les lignes. C’est ainsi que les langues indiennes n’ont pas vraiment de mot pour exprimer l’amour, l’amour de parent, ou d’enfant, ni même de partenaire. Selon une personne proche, l’amour s’exprime en Inde non par les mots mais par les gestes, « comme préparer un plat préféré ». Et on revient encore à la bouffe c’est dingue !! (J’aurais bien rétorqué qu’en Europe il faut les mots ET les gestes – c’est tout un job d’’entretenir’ l’amour – mais à quoi bon.) Bref on ne se dit pas je t’aime, on vit rarement une histoire d’amour délirante, et c’est sans doute pour ça que Bollywood fait souvent dans la guimauve : ça envoie du rêve (ou plutôt du fantsme) !

Et pour conclure sur l’enfainde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentsnt roi, le moment où il commence à réaliser que la vie c’est pas que du gâteau c’est quand la scolarisation démarre. Ça peut donc commencer tôt. En Europe on a dû développer des crèches pour que les mères puissent travailler et on a fini par se mettre du baume au cœur en se convainquant que c’est un choix (alors qu’en fait non, c’est une nécessité), et que c’est mieux pour les enfants de ne pas être à la maison dès leur plus jeune âge – ce que je crois n’être pas tout à fait vrai. Alors en Inde, malgré bon nombre de femmes au foyer, entourées par toute la belle-famille et soutenues par la nounou, de plus en plus d’entre elles se dépêchent de mettre leur rejeton à l’école, « pour qu’il se développe plus vite ». Une explication qui me fait bondir à chaque fois, une réponse systématique quand je demande pourquoi à une mère qui insiste pour que je mette mon fils depuis ses douze mois à l’école. Mais pourquoi faut-il toujours aller plus vite que la musique ?? Surtout qu’une fois qu’ils sont dans le système, les enfants subissent une pression incroyable car la compétition est rude et les places sont chères : beaucoup de jeunes et une classe pauvre prête à se battre pour s’en sortir (et c’est juste 70% de la population), pas assez de bonnes institutions et des quotas pour les basses castes, pas d’assurance chômage ni de retraite etc. Bref si t’as pas la gnack ou tes parents de la thune, t’es mort. L’enseignement est donc tout un business, un véritable ‘investissement’ dont on attend un retour et qui ne s’arrête pas à l’école laquelle peut coûter des fortunes : les gosses passent presque autant de temps (et les parents dépensent presque autant d’argent) pour les cours de soutien ! Et la nouvelle tendance c’est les activités extra-scolaires : les jeunes doivent cartonner en cours, au tennis et à la guitare. Pas beaucoup de répit…

Bref chaque parent fait de son mieux pas vrai ?! Mais en Inde où la société évolue vite et intègre beaucoup de concepts occidentaux en conflit avec un système de valeurs et de traditions à la peau dure, il y a de quoi s’y perdre quand on a un enfant à élever !
 

(1) http://www.indiansamourai.com/list/mes-docs/bebe-samourai-made-in-india.html et http://www.indiansamourai.com/list/mes-docs/bebes-made-in-india.html

(2) http://www.bbc.co.uk/religion/religions/hinduism/ritesrituals/baby.shtml

(3) http://www.dailymail.co.uk/health/article-3582592/Indian-woman-70-gives-birth-baby.html

lundi, 12 octobre 2015

Dodo, l'enfant do... (Dormir en Inde et en France)

Un ami (indien) s’est pointé à l’improviste samedi soir à 21 heures. Quand il se ‘plaignit’ de ne pas pouvoir voir Bébé Samourai, je lui expliquai qu’il dormait depuis une heure. Seulement pour m’entendre dire : « Arrête de faire ton Allemande ! C’est quoi cette histoire d’imposer des horaires à un bébé ? »… Voilà, tout est dit… 

Le sommeil est l’une des grosses différences culturelles entre l’Inde et la France. Inde,dormir,dodo,sommeil,bébé,faire ses nuits,éducation,pleurer,Tracey Hogg,Sleepsensetraining,Hélène StorkPar exemple, en Inde, il n’est pas rare que l’on te cause pendant que tu dors, ou que l’on fasse le ménage dans ta chambre, voire même qu’on t’apporte un chai. Et personne ne penserait à fermer la porte de la chambre quand il lance un film dans la pièce voisine. Les rares fois où je me paye une grasse mat’ jusqu’à onze heures mon Indien préféré se met dans tous ses états et vient me solliciter plusieurs fois…

Ça doit être lié aux conditions de vie : à vivre nombreux dans peu de pièces, personne ne peut s’offrir le luxe d’une belle sieste ininterrompue, ou dans le silence (il est vrai qu’il vaut mieux apprendre à dormir dans le bruit en Inde, c’est assez une question de survie). En Inde on dort parce qu’on doit dormir, on ne se complait pas dans le repos. C’est un peu moins vrai pour la bouffe, pourtant un besoin physiologique au même titre que le sommeil. 

C’est donc la même chose avec les bébés (1). Ils vivent au rythme de la maisonnée. Voire pire : si les parents travaillent beaucoup, il n’est pas rare qu’un bébé se couche à minuit passé pour pouvoir jouer un peu avec son père.

En Inde, l’enfant dort avec sa mère. Et donc a priori avec le père. Sauf si ce dernier souhaite ne pas être réveillé (par les cris ou les coups de pied), auquel cas il ira dormir où il pourra (parterre, sur un matelas, ou dans un autre lit, ou sur le canapé). J’ai des exemples à foison. L’intimité du couple ? Même avant bébé, c’est déjà un concept peu répandu (encore une fois lié au mode de vie en sardines et sans doute un peu aussi à cause du mariage arrangé). Et même si ça l’était, le bébé passe avant tout. Et il doit dormir avec sa mère, pour pouvoir téter à volo et « créer des liens d’amour ». Dans un tel contexte, le bébé n’a pas besoin d’apprendre à s’endormir tout seul, ni à se rendormir tout seul ; et puis on ne va pas le laisser pleurer plus de deux secondes. L’enfant est roi en Inde, au moins les deux- trois premières années (après c’est nettement moins drôle, la réalité tape à la porte).

Que la mère finisse éclatée à se réveiller continuellement à cause des coups de pied ou d’une bouche avide de succion, on s’en tape (surtout après les premiers mois pendant lesquels elle est très aidée de sa propre mère, pour se remettre de l’épreuve physique de l’accouchement). 

La mère éclatée c’était donc moi, depuis que Bébé Samourai avait décidé que dormir la nuit c’était bon pour les imbéciles, le jour de ses 4 mois. Enfin il dormait, mais se réveillait toutes les deux heures (dans le meilleur des cas). En plus nous voyagions pas mal, et il dormait souvent avec nous. J’avais essayé à 5 mois la méthode de Tracey Hogg pour lui apprendre à s’endormir, mais j’étais déjà trop faible à cause du manque de sommeil pour supporter une heure de pleurs et je décidai que 1.Il était trop petit, 2. Les Occidentaux étaient un peu trop durs dans la manière d’éduquer leur bébé, 3. Les Français étaient bien sans-cœurs de laisser le nouveau-né seul dans son lit dans sa chambre dès le premier soir.

Et là je suis devenue hagarde. Pas déprimée non, mais un vrai zombie. Mon objectif chaque jour étant d’arriver à donner le change (et maîtriser la technique de dormir les yeux ouverts). Il faut dire qu’en plus des micro-nuits, il y a l’allaitement. Et l’allaitement c’est bien, mais c’est pas toujours une sinécure : ça pompe de l’énergie, quand il tête, et encore plus quand on doit s’organiser pour tirer son lait. J’avais donc abandonné l’idée que Bébé Samourai (et donc moi par la même occasion) puisse un jour dormir une nuit entière, en tout cas pas avant de quitter la maison…

Et voilà qu’un beau soir, une copine française mariée à un Indien m’envoie un document pour « Apprendre à dormir » (SleepSenseTraining (site web) qu’elle compte essayer. Je lui explique que personnellement j’ai lâché l’affaire et que j’attends que les choses s’arrangent d’elle-même. Et puis par curiosité, parce que je n’avais rien d’autre à faire et que j’avais mon téléphone à la main, j’ouvre le bouquin. 45 minutes plus tard, Bébé Samourai se réveille et je décide de tester cette technique illico presto. Comme un noyé s’accroche à une bouée de sauvetage. La dernière chance quoi ! Après avoir pleuré trois-quarts d’heure, il dormait à poings fermés. Et en une semaine (avec des hauts et des bas) il dort presque toute la nuit, plus de 10 heures. On me l’aurait dit que je l’aurais pas cru ! 

Ceci étant-dit, j’ai fait les choses un peu à ma sauce. D’aucuns argueront que je prends le meilleur de chaque culture, mais vraiment, je suis juste mes instincts. C’est ainsi qu’on a une routine pré-coucher qui inclut un massage, qu’il se couche à 20 heures et qu’il dort dans son berceau. En revanche il dort dans notre chambre et je ne le forcerai pas à s’endormir sans personne dans la chambre ; je continuerai à le prendre dans les bras pour le calmer si il en a besoin et je suis un peu flexible sur les siestes. J’ai été d’ailleurs confortée dans cette approche par le peu que j’ai pu lire des travaux d’Hélène Stork qui a comparé « comparé les pratiques du maternage en Occident avec celles d'autres pays, notamment de l’Inde du Sud » et dont je viens de commander l’ouvrage Enfances indiennes (2). 

Quoi qu’il en soit, Bébé Samourai dort et moi je revis – en fait je suis presque fatiguée de trop dormir mais je vais pas me plaindre hein…

 

 (1) Résumé des différences de maternage :

Inde,dormir,dodo,sommeil,bébé,faire ses nuits,éducation,pleurer,Tracey Hogg,Sleepsensetraining,Hélène Stork

Source : https://www.cairn.info/revue-spirale-2005-2-page-151.htm

 

(2) Hélène Stork, Enfances indiennes. Etude de psychologie transculturelle et comparée du jeune enfant, Paris, Paidos/Le Centurion, 1986

Assurant une consultation médico-psychologique dans un centre PMI de la banlieue parisienne, Hélène Stork a constaté de nombreux troubles psychologiques chez les jeunes enfants. Forte de l’intuition que ces difficultés témoignaient, entre autres, du malaise de toute une société, elle a comparé les pratiques du maternage en Occident avec celles d'autres pays, notamment de l’Inde du Sud (pays tamoul), où elle a séjourné longuement, à plusieurs reprises. A l’instar de l'ethnologue, elle a mené sur le terrain des recherches cliniques approfondies, alliées à l'étude des textes sanskrits anciens qui fondent les techniques indiennes de soins infantiles. Cet ouvrage, après avoir défini la psychologie transculturelle (histoire, méthodes, buts), décrit avec une très grande précision (grâce, en particulier, à l'enquête filmique) les gestes et les postures du maternage en Inde du Sud, apportant une riche contribution à l’étude de la vie psychique des bébés durant les six premiers mois. Au terme de son travail, Hélène Stork formule une question pour l’Occident : « L’organisation sociale de la famille permet-elle aux femmes (aux parents) de pratiquer un maternage favorable au développement sensori-moteur et à la bonne santé mentale du petit enfant ? »