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lundi, 06 novembre 2017

Bébé Samourai va à l'école

Quelle affaire, envoyer son bébé (oui son bébé) à l’école dans les mégalopoles indiennes…

inde,école,crèche,éducation,pression,montessoriDepuis que mon fils a passé la barre fatidique (semble-t-il) des 15 mois, c’est la première question que l’on me pose : « alors, il va à l’école ?? ». Ceci-dit, il se peut que cette obsession de la scolarisation soit spécifique à mon environnement résidentiel, parce qu’il semblerait qu’en Inde, tel que le souligne la fondatrice d’une chaîne de crèches, les parents rechignent à scolariser leurs enfants avant 3 ans. Pendant cette trinité d’années, l’enfant est considéré comme un prolongement de ses parents, un petit animal qu’il faut nourrir, changer et endormir – on couvre ses besoins primaires, sans lui prêter de personnalité propre, et on ne s’inquiète pas trop de son ‘développement’. Il faut dire qu’avec les familles à rallonge, la question de la ‘socialisation’ des gosses ne devait pas trop se poser. Cette chef d’entreprise s’est donc investie d’une mission : expliquer aux parents indiens (surtout ceux qui bossent et ceux qui vivent des familles plus petites) les concepts de socialisation etc. Apparemment son prêche a reçu une oreille bien attentive là où je vis, avec tous ces richards exposés à la culture occidentale, qui te regardent comme un monstre si tu ne mets pas ton petit à la crèche.

Sauf que je me permets de remettre les choses dans le contexte. En France par exemple, la inde,école,crèche,éducation,pression,montessoricrèche est rarement un choix mais une exigence due à l’activité professionnelle des deux parents et des grand-parents qui comptent bien profiter de leur retraite et non remettre le couvert à temps plein. Partant de là, on peut trouver des avantages à la crèche évidemment, mais le petit-d’homme ne sait pas jouer avec les autres enfants jusqu’à au moins 2 ans, voire plus tard. Avant ça il se construit son individualité et n’a pas de place pour ce genre d’interactions. Je n’avais rien lu au préalable, ne me fiant qu’à mes intuitions mais la littérature résume bien mon état de pensée. Et moi, ayant dégoté une super nounou, une super maison avec un parc équipé pour enfants au bout de notre jardin, je ne voyais pas le besoin d’imposer des trajets en voiture (et des bouchons) et une scolarité précoce à mon garçon. Et les considérations pécuniaires n’entraient même pas en ligne de compte dans cette décision, mais elles auraient pu, à presque minimum 2000 euros l’année dans une ‘bonne’ crèche… Je pris donc le risque de passer pour une mère indigne.

jlj-concept-school-nonprofit-k12-school-in-india-affiliated-to-cbse-24-638.jpgCeci-dit, je suis suffisamment ouverte aux suggestions et capable de me remettre en question, et j’ai donc essayé les programmes « mère-enfant » des crèches locales quand mon fils avait 15 mois. J’ai aussi emmené ma nounou. Au bout de 3 heures, dans les deux centres où j’ai tenté l’expérience, nous sommes parties en prenant nos jambes à notre cou. Je m’étais attendue à des jeux et du fun. Je suis tombée dans un enfer de bruit ; c’est fou comme ils arrivaient à en faire ces instituteurs. Et que je chante et que je parle, on enchaîne les activités à une vitesse infernale, pas un moment d’inattention autorisé aux enfants : regarde par ici, ‘P pour parapluie’. Ils m’ont dégoutée. Et m’ont confortée dans ma mauvaise opinion des écoles indiennes qui poussent au développement et à l’apprentissage scolaire à un niveau exacerbé. Mon bébé attendra bien 18 ans avant d’aller en cours ! (Ou au moins 3 ans ;) )

Ma voisine, que j’aurais bien aimé prendre en exemple et à laquelle je demandai des conseils pendant notre installation, est tombée bien bas dans mon estime pour avoir insisté autant à ce que je le mette dans une de ces écoles où sa fille va, pauvre gamine.

Sauf que. Ma nounou a commencé à faire des siennes. Sachant très bien que j’aurais un mal de chien à trouver une perle comme elle, j’ai préféré regarder des options d’école plus tôt que prévu. J’en ai sélectionné 4. Une suédoise – que j’ai dû barrer de ma liste parce qu’ils ne prennent pas avant 3 ans et demi (en fait presque 4 ans et demi pour mon fiston, vu que les enfants doivent avoir 30 mois en avril et pas une semaine de moins), une entre chez moi et le bureau et 2 Montessori. Montessori c’était sur les conseils d’une copine. Mais attention, à Gurgaon, presque toutes les écoles sont des ‘International Montessori Schools’ – même si elles sont tout ce qu’il y a de plus indien et n’adoptent que certains principes Montessori. Bref, le site de la fondation Montessori m’a fourni le nom des deux seules écoles 'accréditées' à Gurgaon (pas une seule à Delhi !). Voilà.

Nous avions d’abord rendez-vous entre une école « normale », que nous devions visiter en-dehors des heures de classe, avec un chéquier (la visite est payante et puis les places sont chères, alors si on aime vaut mieux s’inscrire sur le champ, enfin elle dit ça elle dit rien la secrétaire) et un questionnaire complètement alambiqué – la question « les enfants adorent faire plaisir à leurs parents ; pouvez-vous nous donner un exemple ? » m’avait laissée pantoise et c’est mon mari qui avait trouvé une réponse… Entendons-nous, mon fils est génial, mais je dois bien avouer que jusqu’à ses deux ans (et encore la plupart du temps maintenant), mon bien-être il s’en moque comme d’une guigne : « maman fais ci, maman fais pas ça »….

Et tout de suite après nous devions aller voir l’école Montessori qui avait répondu à mon mail. Le nom n'augurait rien de bon, dans ma perspective (ProductiveMinds) mais restons ouvert d'esprit...

inde,école,crèche,éducation,pression,montessoriNotre premier rendez-vous a été annulé. Un acte manqué. Et pour cause ! Je n’avais pas plus tôt passé le portillon de la deuxième école que je savais que notre quête s’arrêterait là. Pas de salles de classe, les enfants de tous âge sont ensemble. Chacun vaque à ses activités, en silence (pas de ‘maître’ qui s’égosille sur Petit Papa Noel en plein mois de juillet). Un jardin où les allées et venues sont autorisées librement, avec même un potager. Pas d’uniforme. Et des horaires flexibles. Vendu !! Sans parler, petit bonus, des bienfaits scolaires de cet enseignement pour les enfants… Cette école me rend presque contente de vivre à Gurgaon, et c'est pas rien !

Depuis, la nounou est revenue à de meilleurs sentiments et Bébé Samourai a commencé l’éinde,école,crèche,éducation,pression,montessoricole à 2 ans et 9 mois. Et tout s’est très bien passé ! J’ai même eu droit à rester dans la classe plusieurs jours pour une adaptation en douceur (la mienne, je tiens à préciser, mon fils s’étant accoutumé très vite).

Tout ça me laisse donc au moins 2 ans de répit, avant de devoir mon plonger dans la sélection de l’école suivante, ce qui n’est pas tâche facile. Il y a par exemple les curriculums indien et britannique. Ensuite il faut être pris et prêt à payer des sommes astronomiques. L’éducation, comme la santé, sont des business en Inde. Et des business pas très propres si on en croit cette étude sur la corruption. Et si on n’y croit pas, il faut voir ce film, Hindi Medium, basé sur des faits réels et qui met en scène une famille de riches aux origines modestes qui se font refuser l’entrée aux écoles et se font passer pour pauvres pour intégrer les quotas. Super drôle mais franchement un peu dérangeant aussi…

inde,école,crèche,éducation,pression,montessoriParce qu’au-delà de la question financière, il y a cette pression sur les gosses, cette course à la performance, être le meilleur en classe parce qu’ils sont des millions (oui des millions, cette classe moyenne et en-dessous qui aspire à se sortir de la merde grâce à l’éducation de ses rejetons) derrière à vouloir te piquer ta place – mais quelle place d’abord ? Le bonheur sacrifié à l’autel de la réussite financière et sociale. Le tout sans négliger les activités extra-scolaires. Et ils dorment quand ces gosses ? Ils jouent quand ? Et quand est-ce qu’ils passent du temps avec leurs parents ? En tout cas je ne vois pratiquement jamais ni mère ni père au parc…

Et puis après il y a tous ces pauvres gosses (84 millions d'après le recensement de 2011) qui n’ont pas accès à l’école pour des raisons de coût et ou de logistique…

 

 

lundi, 24 avril 2017

Au nom du père, de la belle-mère et de l'enfant roi: L'Education à l'indienne (vue par une étrangère)

On m’a demandé (c’est le début de la gloire !) de parler de l’ ‘éducation à l’indienne’. Vaste sujet ! Je me suis penchée sur la question pendant plusieurs semaines, en me cantonnant à la société que je connais et en espérant ne pas écrire trop de bêtises – difficile vu qu’en Inde on peut tout dire, le contraire est presque toujours vrai également…

inde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentsJe me suis déjà pas mal épanchée sur l’expérience que peut être d’avoir un bébé en Inde (1). Pour faire bref, si on reprend au début, il faut savoir que la belle-mère, souvent présente à l’accouchement, est la première à tenir le nouveau-né (avant la mère oui oui). La belle-sœur doit ensuite opérer un rituel – nettoyer les tétons de la mère pour les purifier et donner au nouveau-né un mélange à base de miel (jatakarma) pour qu’il soit tout doux comme un bonbon – avant que cette dernière puisse allaiter. Le ton est donc donné dès le début : le ‘parenting’ à l’indienne c’est un plutôt du ‘familying’ ou l’affaire de tout le monde, voire surtout de la belle-mère ( ;) ), ce qui peut heurter une sensibilité occidentale de mère responsable qui a ses propres vues sur ce qu’elle veut ou ne veut pas pour son enfant. Surtout si elle a épousé un Indien et doit se plier aux rites comme la cérémonie du nom ou la boule à zéro (2).

Le fils indien est élevé, dans la tradition, pour ne jamais quitter le berceau familial, ses parents ; en ce sens il est et restera un ‘enfant roi’ toute sa vie, assisté jusqu’au bout des ongles en tout ce qui consiste la tenue du ménage – ça en fait même des mecs qui ne savent pas à quoi ressemblent une papaye autrement qu’en morceaux dans leur assiette, c’est dire. C’est à la mère, dont il ne quittera jamais les jupons sauf pour quelques incartades vers ceux de sa femme, puis à cette dernière qu’incombent ces tâches. La fille indienne est élevée pour être une bonne (obéissante) belle-fille (bonniche) et surtout une mère de famille (elle n’aura réalisé sa raison d’être et acquis son droit à être sur cette Terre que quand elle aura enfanté et c’est apparemment pour ça qu’on trouve en Inde les plus vieilles femmes primipares (3) ) ; elle ne quittera probablement son foyer que pour celui de son mari et il y a de bonnes chances qu’on ne l’autorise pas à travailler, même si elle a fait des études supérieures (ça change, mais à l’allure escargot). On lui apprend le respect, l’obéissance, le renoncement à soi et à surtout ravaler ses sentiments. Si par malheur une tragédie comme une fausse-couche arrive, « rien de sert de pleurer il faut oublier et aller de l’avant ». Faire le deuil, vivre ses émotions, et puis quoi encore ? C’est exprimé un peu abruptement mais c’est encore bien comme ça.

Mais revenons à cette notion d’enfant roi. Les parents français aiment leurs enfants, mais essayent de limiter le bouleversement que leur arrivée implique, autrement dit de ne pas sacrifier (toute) leur vie à l’autel de celle de leur marmaille. Par exemple l’’intimité’ du couple garde son importance et guide l’organisation du couchage. Quels Occidentaux (à part les Bobos qui remettent à la mode le ‘co-dodo’) ne s’horrifieraient pas à l’idée que les enfants dorment avec les parents ?! Jusqu’à 4 ans au moins ! Je me souviens avoir été choquée de ne pas trouver de chambre d’enfant (ni pour dormir ni pour jouer) chez un collègue indien qui avait pourtant deux pièces à coucher dans son appartement. En Inde, non seulement les enfants dorment dans le même lit que leurs géniteurs, mais également aux mêmes heures. Evoque des « horaires fixes de coucher et de repas » et on te regarde comme un monstre. Ici l’enfant vit au rythme de la maisonnée dès ses premières heures et immédiatement le monde se met à tourner autour de lui. C’est qu’intrinsèquement, le couple a peu d’importance en Inde, perdu dans le concept plus global de la famille (des beaux-parents, des enfants, des cousins, tout ça doit vivre en harmonie, et le couple (en général un couple de raison et non d’amour) doit faire les efforts qu’il faut pour ça). Dans beaucoup de sociétés occidentales, le couple est fondateur, et on conçoit même que le bonheur des enfants passe d’abord par celui du couple parental – dans notre Occident individualiste le bonheur passe par la réalisation de soi, en Inde par celui de l’accomplissement de son devoir, et TOUTE la différence est là. Pas de honte donc à partir en vacances sans son tout-petit, ce qui ne traverserait pas l’esprit d’un Indien (en plus du fait que la notion de ‘vacances’ est somme toute assez nouvelle et se limite en règle générale à rendre visite à de la famille et non pas d’aller se dorer la pilule sur la plage ou randonner dans les montagnes (sauf s’il y a un temple à voir)). On emmène également de tout jeunes enfants au cinéma voir des films d’adulte et des spectacles mettant en scène une mythologie pleine de monstres, ou on les traîne même dans les bars. Et pour finir, on ne le laisse pas pleurer les petits, c’est péché. Apparemment il serait pourtant bénéfique de les laisser exprimer leurs sentiments, que ce soit de la colère ou de la tristesse, mais ça choque trop les sensibilités.

inde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentsLe parent indien couve son petit ; ce qui ne veut pourtant pas dire qu’il l’arme pour survivre dans ce monde de brutes, à devenir indépendant, un individu à part entière ; l’individualité n’occupe en effet qu’une place bien modeste dans la structure familiale indienne. Le nouveau-né est une ‘chose’ qui passe de bras en bras, qui ‘appartient’ un peu à tout le monde, un prolongement de ses parents auquel on ne prête pas vraiment de personnalité propre, encore moins une que l’on respecte. (Je passe pour une illuminée quand j’offre à mon fils de deux ans de choisir ses vêtements lui-même.) La couvaison est plutôt du genre physique, avec des mères terriblement à l’écoute de leur petit : petits qu’elles allaitent très tard, qu’elles massent quotidiennement, qu’elles portent tout le temps. En Inde nous sommes dans une vraie culture du toucher, versus un environnement Occidental plus porté sur le parler avec des enfants qu’on laisse très longtemps allongé seul avec leurs mobiles, des enfants auxquels des mères cherchent à enseigner très très tôt à ne pas être trop ‘attachés’ car la séparation va venir vite. Bref, la mère indienne arrive même dès les premiers mois à détecter quand il va poser une pêche et arrive ainsi à le rendre ‘propre’ presque avant que ses sphincters ne soient suffisamment développés. Une méthode consiste à se balader derrière le gosse avec du papier journal, et le lui glisser sous les fesses dès qu’on repère les signes d’une défécation imminente. Si ça rate, y a plus qu’à ramasser le tout avec la feuille. Une technique complémentaire offre de laisser le bébé sans couche jouer au bac à sable et laisser sécher la pisse quand ça coule dans le pantalon – je trouve ça risqué l’hiver mais bon – apparemment les enfants apprennent vite dans ces cas-là et puis l’économie de couches soulage tout le monde : le porte-monnaie et la planète.

Quand les mères françaises vont au parc, on les trouve en général assise sur un banc à papoter pendant que la marmaille s’ébat à sa guise ; et ça me fascine. Les mères indiennes, si elles allaient au parc au lieu d’y envoyer la nounou, passeraient leur temps à courir derrière leur gosse. Un peu comme moi donc. Enfin, le comble c’est quand même ce directeur d’une chaîne de magasins pour enfants qui me vantait les mérites d’une innovation qui devrait faire un tabac en Inde : un casque pour protéger l’arrière du crâne quand les bambins tombent, parce que « tu n’imagines pas le nombre de mères qui passent leur journée à courir derrière leur progéniture avec un oreiller pour éviter qu’elle ne se blesse en apprenant à marcher » !! Si c’est pas de la couvaison dans les règles de l’art ça… (ceci-dit je n’ai personnellement jamais été témoin de ce genre de comportement).

Et la bouffe ! Le nerf de la guerre, me direz-vous. Nourrir un enfant en France semble assez simple : on le met à table, il mange tant mieux, il mange pas tant pis, il aura son plat réchauffé au dîner. Nourrir un enfant en Inde, c’est juste l’inverse : parents et grand-parents passent leur journée à enfourner qui un bout de chapati qui un morceau de sucre dans le goulot du petit, en général occupé à autre chose. Rien d’étonnant à ce que les adultes indiens soient les champions du grignotage (et c’est souvent pas des fruits qu’ils boulottent mais plutôt des trucs fris bien gras) ! Et puis à chaque visite, les premiers commentaires portent sur le poids de l’enfant – à savoir qu’en général plus il est gros mieux c’est, où « dodu » signifie « en bonne santé ».

C’est donc un peu tout ça, l’enfant roi : celui qu’on ne laisse pas pleurer, à qui on donne la becquée à longueur de temps. Sauf que l’enfant roi il se prend bien vite la réalité en pleine face et c’est d’autant pluinde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentss dur quand il a été habitué à tout autre chose pendant ses tendres années : quand toutes ses mignonneries ne sont plus de son âge, il a intérêt à grandir fissa. Par exemple, quand je racontais que mon fils venait d’appeler son père par son prénom pour la première fois et que je trouvais ça trop chou, on m’a expliqué qu’à deux ans ça fait rire tout le monde et qu’à cinq il se prendrait une baffe. Ils ont la main assez lourde les Indiens, les claques pleuvent et même les instituteurs n’y vont pas avec le dos de la cuillère – bref, la France il y a quelques décennies. Faut dire aussi qu’en Inde, le ‘respect’ des plus âgé est sacré. L’enfant est roi mais pas dieu non plus ! Il est donc de très mauvais goût de remettre en question ses parents, pire de leur désobéir (surtout sur des sujets à peine primordiaux comme les études, la carrière et le mariage, là point de discussion) – c’est presque inconcevable pour un Occidental habitué à contester tout et tout le temps et avec tout le monde. Le dialogue est donc parfois difficile, en plus du fait que certains sujets sont complètement tabous, comme la sexualité (et ses abus), l’alcool, les drogues etc. Bref on passe sous silence pas mal de discussions fondamentales et sensibles, parce qu’ « ici on ne parle pas de ces choses-là ». Il est d’ailleurs assez intéressant de constater que vivre ensemble à beaucoup ne signifie pas vraiment communiquer mieux, au contraire. Les Indiens, qui sont pourtant de grands émotifs, expriment peu leurs sentiments, il faut savoir lire entre les lignes. C’est ainsi que les langues indiennes n’ont pas vraiment de mot pour exprimer l’amour, l’amour de parent, ou d’enfant, ni même de partenaire. Selon une personne proche, l’amour s’exprime en Inde non par les mots mais par les gestes, « comme préparer un plat préféré ». Et on revient encore à la bouffe c’est dingue !! (J’aurais bien rétorqué qu’en Europe il faut les mots ET les gestes – c’est tout un job d’’entretenir’ l’amour – mais à quoi bon.) Bref on ne se dit pas je t’aime, on vit rarement une histoire d’amour délirante, et c’est sans doute pour ça que Bollywood fait souvent dans la guimauve : ça envoie du rêve (ou plutôt du fantsme) !

Et pour conclure sur l’enfainde,éducation,parenting,respect,règles,amour,efants,parentsnt roi, le moment où il commence à réaliser que la vie c’est pas que du gâteau c’est quand la scolarisation démarre. Ça peut donc commencer tôt. En Europe on a dû développer des crèches pour que les mères puissent travailler et on a fini par se mettre du baume au cœur en se convainquant que c’est un choix (alors qu’en fait non, c’est une nécessité), et que c’est mieux pour les enfants de ne pas être à la maison dès leur plus jeune âge – ce que je crois n’être pas tout à fait vrai. Alors en Inde, malgré bon nombre de femmes au foyer, entourées par toute la belle-famille et soutenues par la nounou, de plus en plus d’entre elles se dépêchent de mettre leur rejeton à l’école, « pour qu’il se développe plus vite ». Une explication qui me fait bondir à chaque fois, une réponse systématique quand je demande pourquoi à une mère qui insiste pour que je mette mon fils depuis ses douze mois à l’école. Mais pourquoi faut-il toujours aller plus vite que la musique ?? Surtout qu’une fois qu’ils sont dans le système, les enfants subissent une pression incroyable car la compétition est rude et les places sont chères : beaucoup de jeunes et une classe pauvre prête à se battre pour s’en sortir (et c’est juste 70% de la population), pas assez de bonnes institutions et des quotas pour les basses castes, pas d’assurance chômage ni de retraite etc. Bref si t’as pas la gnack ou tes parents de la thune, t’es mort. L’enseignement est donc tout un business, un véritable ‘investissement’ dont on attend un retour et qui ne s’arrête pas à l’école laquelle peut coûter des fortunes : les gosses passent presque autant de temps (et les parents dépensent presque autant d’argent) pour les cours de soutien ! Et la nouvelle tendance c’est les activités extra-scolaires : les jeunes doivent cartonner en cours, au tennis et à la guitare. Pas beaucoup de répit…

Bref chaque parent fait de son mieux pas vrai ?! Mais en Inde où la société évolue vite et intègre beaucoup de concepts occidentaux en conflit avec un système de valeurs et de traditions à la peau dure, il y a de quoi s’y perdre quand on a un enfant à élever !
 

(1) http://www.indiansamourai.com/list/mes-docs/bebe-samourai-made-in-india.html et http://www.indiansamourai.com/list/mes-docs/bebes-made-in-india.html

(2) http://www.bbc.co.uk/religion/religions/hinduism/ritesrituals/baby.shtml

(3) http://www.dailymail.co.uk/health/article-3582592/Indian-woman-70-gives-birth-baby.html

lundi, 31 octobre 2016

Voyager/vivre en Inde avec un enfant

Notre petite virée en Europe m’aura aidée à réaliser une grosse qualité des Indiens, mais alors une très grosse : ils aiment les enfants. Ce qui veut dire, concrètement, qu’ils ne te regardent pas de travers quand tu montes dans le train avec ton gosse (qui n’a même pas encore ouvert la bouche qu’il est déjà perçu comme une source d’emmerdes).

Qu’ils ne te font pas des réflexions dans une queue d’aéroport quand tu exploses ton smoothie au sol en essayant d’attraper ton gamin qui remue pas mal, et avant même que tu aies le temps de sortir tes mouchoirs pour nettoyer, « ah bah voilà, formidable » (je lui ai dit de se détendre du string à ce gros con d’Allemand).

Qu’ils ne t’autorisent pas à diner dans leur restaurant sous la condition express que le petit reste sanglé sur sa chaise haute (autant dire que je suis allée le manger dans un autre bouiboui écossais mon fish and chips).

Qu’il y a peu de chance qu’une hôtesse indienne vienne te dire, après une heure de vol, que ton bébé a été « particulièrement pénible » (il a juste crié pendant dix minutes mais ladite hôtesse ne me laissa pas me lever pour le distraire, à cause du chariot et de sa règle stupide qu’on ne peut pas s’asseoir par terre au pied de son siège alors que ça ne dérange que le mur) et que « la prochaine fois il vaudrait mieux qu’il voyage en éco » (Non mais t’es fière de toi, grosse connasse de Swiss Air ??).

Qu’ils vont certainement essayer de te distraire ton enfant dans l’avion si il fait un peu de bruit, ou venir te suggérer de le nourrir (c’est un peu énervant cette manie d’expliquer n’importe quel pleur par de la faim, mais au moins ils essayent d’aider au lieu de t’enfoncer dans ta détresse de mère qui dérange le peuple).

Qu’ils vont le prendre avec eux et leurs propres enfants pour te laisser « déjeuner en paix » au restaurant. (T’es un peu gênée, tu oses pas, tu craques et tu leur es éternellement reconnaissante de cette micro pause.)

Des fois c’est un peu extrême : il n’est pas rare de voir des enfants dans des bars, tard la nuit, avec leurs parents. Ou des tout petits au cinéma, pour des films d’adulte ; enfin quand on voir l’exposition des mioches à la mythologie hindoue (pleine de violence, de sexe, de trahison) dès leur plus jeune âge (voir cette note), on peut bien se dire qu’un film interdit aux moins de 16 ans c’est pas si terrible).

Inde,enfants,bébés,bruit,Swiss AirJ’ai un peu l’impression qu’en Europe – et j’avoue avoir été comme ça avant d’avoir un marmot – que le bébé est avant tout perçu comme une nuisance, une source de bruit et de désagréments et tu ne veux SURTOUT pas être à côté de lui dans l’avion. Ni nulle part ailleurs. Et finalement c’est un peu triste. Les enfants c’est la vie, l’avenir, l’énergie, l’innocence qu’on perd tous un peu grandissant et qu’ils nous redonnent si on sait les regarder et les laisser vivre. C’est aussi un peu triste de ne même pas leur laisser leur chance, de croire tout de suite qu’ils vont te pourrir ton moment. Enfin moi j’dis ça, j’dis rien, je suis ptêt complètement à côté de la plaque…