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dimanche, 15 mars 2020

Le coronavirus vu par une Française en Inde - Février 2020

5 février

  • Nombre de cas en France : 6
  • Nombre de cas en Inde : 1

Un collègue français me parle de Wuhan. Quezaco ?? Jamais entendu parler de ce bled ! Ni du virus qui s’y propage. Sa description me fait penser à un roman apocalyptique et puis je retourne à mon travail, j’ai d’autres chats à fouetter moi.

17 février

  • Nombre de cas en France : 11
  • Nombre de cas en Inde : 3

Une collègue française me demande d’écrire un message de soutien à nos collègues chinois. Bien contente que ce virus de mes deux viennent de Chine et non d’Inde – ça la fout mal pour l’image quand même – j’arrive à faire de l’esprit :

« Message d’un géant qui fait peur au monde à un autre géant qui fait peur au monde :

Les Indiens, comme les Chinois, ont quelques proverbes de sagesse antique vers lesquels se tourner en période difficile.

J’ai trouvé celui-ci : « Nous ne pouvons pas changer la direction du vent, mais nous pouvons ajuster les voiles. » Et si je suis sûre que l’équipe d’Andros China maîtrise les bases de la navigation ou du cerf-volant, il m’a semblé un peu bateau.

Et puis je suis tombée sur un autre : « Lorsqu’un éléphant est en difficulté, même une grenouille le frappera. » Mais soyez assurés que le petit batracien indien est là pour soutenir le pachyderme chinois dans ses épreuves de début d’année. Nous pensons fort à vous. »

En même temps, j’entends parler du nouveau racisme dont les Français d’origine chinoise sont victimes. Une vidéo sur Facebook me fait rire : Une fille d’origine asiatique descend dans le métro, le visage couvert par un masque et collé au téléphone : « Je ne sais pas ce que j’ai, je reviens juste de Chine, et je tousse. » Trois glandus qui squattaient les sièges sur le quai se lèvent et se barrent en courant. Elle s’assoit et les traite d’idiot en se marrant. Et puis elle se tourne vers un quatrième individu, un noir, et lui demande pourquoi il ne s’est pas enfui comme les autres. « Moi, j’ai ebola. » Comme un ressort elle se lève et détale. Dans quel monde vivons-nous !

Pour terminer, mes parents, qui prévoyaient un voyage en Inde, en passant par Abu Dhabi, ont préféré annuler, à cause du risque d’être assis à côté d’un passager infecté. Je me suis moquée – comme d’habitude. Franchement, quelles sont les changes d’avoir pour voisin un Chinois malade sur un vol Paris-Abu Dhabi. Pour une fois, la répartie était prête : un Britannique avait fait le trajet Singapour-les Alpes françaises (sans être jamais allé en Chine) a refilé le virus à plusieurs personnes avant de rentrer au Royaume-Uni et de se faire diagnostiquer. Les 3 premiers cas en France (et en Europe), de Chinois ayant séjourné à Wuhan, sont annoncés le 24 janvier 2020. Le 29 janvier, le Britannique était dépisté. Les Chinois ne sont plus les seuls coupables, la maladie se propage.

28 février

  • Nombre de cas en France : 57
  • Nombre de cas en Inde : 3, tous guéris

Je regarde les statistiques en France et en Inde, matin et soir. On dirait les J.O.

Les gens me posent de plus en plus de questions sur le mystère indien : 3 cas seulement ? Ne savent-ils pas compter ? Ne comptent-ils pas ? Les Indiens sont-ils immunisés naturellement – le Corona ne trouvant pas sa place parmi les autres maladies qui traînent genre dysenterie, tuberculose, jaunisse, malaria, dengue ? Fait-il trop chaud ? (Pourtant, dans le nord, c’est encore l’hiver.) Nous croisons les doigts parce qu’un virus hyper transmissible pourrait faire un véritable carnage en Inde :

  • Avec la surpopulation, ils ont l’habitude de vivre collés les uns aux autres. Faire la queue sans se frotter à son voisin, ce n’est pas envisageable.
  • Alors ok, ils font traditionnellement le geste du « namasté» au lieu de se serrer la main ou de se faire la bise, mais à part ça ils sont hyper tactiles et marchent volontiers en se tenant la main.
  • Selon la Public Health Association, seulement 53% de la population se lavent les mains avec du savon après défécation, 38% se lavent les mains avec du savon avant de manger et seulement 30% se lavent les mains avec du savon avant de préparer la nourriture.
  • Seulement un quart de la population totale de l’Inde a de l’eau potable chez elle. (source)
  • L’Inde aurait 739 024 lits d’hôpitaux dans des établissements publics – soit 0,6 lits pour 1 000 personnes (source). Les lits de réanimation représenteraient 5% du nombre total de lits (source), soit moins de 40 000. Et puis il faut voir les hôpitaux publics hein. Je voudrais pas cracher dans la soupe mais j’en ai visité un paquet, surtout les ailes réservées à l’accouchement où il n’est pas rare que plusieurs femmes partagent un lit pre et post-partum. La France a 3 lits en soins intensifs pour 1 000 habitants : 253 364 lits d’hôpitaux publics et 5 000 de réa (source)[4]. Je te laisse faire les maths et je nous laisse trembler (3 fois plus de lits d’hôpitaux, 8 fois plus de lits de réa, 20 fois plus d’habitants).
  • Et puis comment survivraient les pauvres, ceux qui gagnent leur pain quotidiennement, si on les forçait à rester chez eux. Ah oui c’est vrai, beaucoup n’ont pas de chez eux. C’est pas gagné.

Des rumeurs circulent sur l’influence des températures sur le virus. Il est tentant de se réfugier dans ce mince espoir.

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jeudi, 12 mars 2020

Le sikhisme pour les nuls – 6/6

Une brève histoire du sikhisme et sa diaspora

Le sikhisme a émergé avec Guru Nanak Dev en 1 500 et des poussières, s’inspirant de l’hindouisme et de l’islam tout en s’en distanciant. Forcément, ça n’a pas toujours plu, cet esprit de rebellion.

Le 5ème guru a été assassiné, sous ordre de l’empereur moghole Jahangir. En réponse à quoi, les Sikhs ont commencé à s’organiser militairement.

Le 9ème guru a également été assassiné, sous ordre de l’empereur moghole Aurangzeb (petit fils de Jahangir). Son successeur a équipé ses disciples des outils leur permettant de se distinguer et s’unir dans leur foi.

Après la mort de ce dernier guru, un certain nombre de leaders sikhs se sont militairement et politiquement illustrés, se rebellant régulièrement contre les Mogholes.

En 1845-46, les troupes de l’Empire britannique ont battu les armées sikhes, définitivement écrasées en 1849. Après quoi Britanniques et Sikhs se sont plutôt bien entendus, vu qu’au fond ils partageaient le même rejet du concept hindou fondamental de l’inégalité des hommes. D’ailleurs, cette bonne entente se reflétait dans les rangs de l’armée, pour laquelle les Anglais aimaient bien recruter des sikhs. Elle prit fin en 1919. En effet, depuis 1857, les Indiens commençaient à s’agiter contre la domination britannique partout dans le pays et notamment au Punjab. Le général Reginald Dyer fit assassiner 10 000 civils non armés qui s’étaient rassemblés – c’est le massacre d’Amritsar.

(Sais-tu que les Anglais ne contrôlaient pas toute l'Inde directement?

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Après la partition, le Punjab s’est retrouvé divisé en deux, entre le Pakistan et l’Inde. Mais qui plus est, le Punjab oriental (indien) est resté un conglomérat de principautés pendant près de 20 ans. Ce n’est qu’en 1966 que le Gouvernement a accédé à la requête des sikhs et formé le Punjab actuel, et par la même occasion Chandigarh (territoire de l’union) et l’Haryana. Selon les Punjabis, de nombreux territoires de langue punjabie (le principe de base pour créer un État en Inde) ont été « oubliés ». Les tensions ont donc continué.

Un certain leader sikh s’est fait plus véhément que d’autres et a fini par gonfler les autorités indiennes. Indira Gandhi, fille de Nehru et présidente du parti du Congress, l’a fait déloger manu militari du Golden Temple (le lieu saint des sikhs) où il s’était réfugié – c’était l’opération Blue Star. Forcément ça n’a pas plu, et pan, un des gardes du corps d’Indira, un sikh, l’a assassinée. Et là, gros capharnaüm.

C’est alors que l’émigration punjabi (et sikhe, mais pas que), qui avait commencé dès 1949, s’intensifia. Alors que le Royaume-Uni fermait ses portes aux sikhs dans les années 70, nombreux partirent au Canada, où les sikhs représentent la 2ème ethnie avec 500 000 individus, et sont deux fois plus nombreux qu’aux Etats-Unis. On estime qu’il y a cinq et quelques millions de sikhs hors d’Inde.

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Le ministre de la défense canadien, Harjit Sajjan, est sikh. Le maire de Londres, Kulveer Singh Ranger, est sikh.

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Mais la vie n’est pas toujours rose non plus…

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mercredi, 11 mars 2020

Le sikhisme pour les nuls – 5/6

Les sikhs ont-ils l’âme guerrière ?

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Même si les sikhs promeuvent la paix, ils sont également connus pour leurs compétences guerrières. C’est que vers 1600, les sikhs étaient persécutés par les Mogholes – la culmination étant l’exécution de leur 5ème gourou en 1606. De là, de ce besoin de ne pas se laisser faire et dominer par la violence des autres, serait née leur militarisation ; aujourd’hui encore, les sikhs représentent moins de 2% de la population de l’Inde mais entre 10 et 20% de ses soldats – le pourcentage doublant au niveau des officiers.

D’ailleurs, on appelle souvent les sikhs sardar, un terme qui désigne historiquement un chef de bataillon.

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Que mangent les sikhs pour être aussi grands et forts (largement au-dessus de la moyenne indienne) ?

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Dans les gurudwaras, la nourriture est strictement végétarienne. Pour autant, le choix de consommer de la viande est laissé à l’individu – du moment que la viande n’est pas halal ni kosher parce que les sikhs ne croient pas dans les rituels.

S’ils sont si grands et forts, c’est sans doute parce que leur région, le Punjab, est le grenier à grains de l’Inde (avec 70% de la production de blé), le berceau de l’agriculture et donc de l’utilisation des vaches et donc de la consommation de produits laitiers (et ils ont la main lourde sur le beurre et surtout le ghee, le beurre clarifié). Et puis le Punjab fait partie de la zone qui a reçu les envahisseurs de partout, Iraniens, Afghanistans, Grecs, laissant sans doute derrière eux quelques gènes.

La consommation d’alcool, de drogues et de tabac est en principe interdite. S'ils fument très peu, ils ne lésinent en revanche souvent pas sur la bibine. Et puis le Punjab souffre pas mal de problèmes de drogue, même si ce n'est pas exclusif aux sikhs (voir le film Udta Punjab sur le sujet).

Le bling chez les sikhs

Par ailleurs, les sikhs ont la réputation d’être de bons vivants, connus pour leur côté jovial et haut en couleurs! Ils ont d'ailleurs un style vestimentaire particulier, pour ne pas dire kitsch. Ce n'est pas pour rien qu'un film a été réalisé par Prabhu Deva en 2015, Singh is Bliing! (Attention, je ne l'ai pas vu. Les critiques sont bof mais il se laisse regarder et s'il est caricatural, n'est pas blasphématoire.) Dans la même veine, avec le même acteur (Akshay Kumar) et avec le même niveau de critiques, Anees Bazmee a réalisé Singh is Kinng en 2008.

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Avec ou sans alcool, les sikhs ont la réputation (méritée) d'aimer faire la fête. Je conclus donc ce sujet sur une vidéo qui met la banane (des sikhs dansant le bhangra, une danse populaire du Punjab):