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mercredi, 01 juillet 2020

La maid masquée - Le Covid vu par une Française en Inde - 01.07

  • Nombre de cas en France : 164 801 (29 843 morts)
    • Jour de déconfinement : 50
  • Nombre de cas en Inde : 585 712 (17 410 morts) 
    • Jour de déconfinement national : 30

Pour commencer juillet du bon pied, nous avons rappelé la femme de ménage. Quitte à rester à la maison jusqu’en novembre, autant avoir les pieds propres. Nous nous sommes attelées à la tâche tous les deux jours avec la nounou depuis le 22 mars mais ça ne suffit pas vraiment, surtout avec les vents chargés de poussière qui balayent l’été indien.

inde,corona,coronavirus,virus,covid,épidémie,aarogya setu appli,masques,maids,domestique,femme de ménageLes femmes de ménage ont été autorisées à travailler depuis plusieurs semaines, non sans remue-ménage. Notre résidence a mis en place des SOPs (Standard Operating Procedures), les premières étant assez drastiques. Tout employé de maison devait filer à la douche en entrant dans la maison, mettre une tenue propre, des gants et des protège-pieds et un masque. Et se laver les mains toutes les 20 minutes. Et télécharger l’appli de tracking du Covid (Aarogya setu). Le Gouvernement voudrait bien que tout le monde ait cette appli d’ailleurs. Après quelques tergiversions – la plupart des riches employeurs et patrons refusant d’équiper tout leur staff de smartphones – il a été décidé que les pauvres seraient exemptés (source). Et on se retrouve donc dans une situation où ce sont les riches qui sont "traqués". (Je simplifie un peu, ma femme de ménage a un smartphone par exemple, mais les statistiques nous donnent quand même seulement un Indien sur 4 qui possède un tel appareil (source). D’après le consulat français, il n’est pas obligatoire d’avoir cette appli. On peut aussi remplir un formulaire papier et imprimer la loi (voir la directive pour l’aéroport). Et aussi prévoir plusieurs heures d’âpres négociations pour aller au bureau, à la banque ou à l’aéroport… Même si depuis fin mai, cette appli ne semble plus obligatoire sauf cas exceptionnels (source), les employés qui font du zèle ne sont jamais rares.

Bref ma femme de ménage est là, aussi peu bavarde que d’habitude – alors que j’aurais mille questions à lui poser, peut-être plus tard… Elle porte un masque. Elle est penchée sur l’aspirateur – elle a bien essayé d’attraper le balais mais mon mari l’a arrêtée à temps, autant (re)commencer avec de bonnes habitudes. Elle transpire, il fait chaud et humide, rien qu’assise dans la clim je transpire et elle travaille sans ventilo ni clim qui font voler la poussière. Et elle porte un masque. C’est écrit que c’est obligatoire dans le formulaire de la résidence. Je n’arrive pas à comprendre qu’elle doive en porter un et pas nous. Parce qu’elle est obligée de sortir pour aller travailler, est-elle alors plus à risque d’attraper le virus et ensuite de nous contaminer ? Mais nous sortons aussi un peu, pour les courses, pour voir les voisins etc. Est-ce que ça la protège elle alors ?

Et puis de toi à moi, c’est une vaste blague cette histoire de masques. En Inde, il est obligatoire d’en porter un dès qu’on sort de chez soi. Même pour aller faire une balade où on ne va croiser personne. C’est sûr que si on commence à faire la liste des cas où c’est vraiment utile et les autres cas, on ne va pas s’y retrouver. Mais on ne s’y retrouve déjà pas. Personne n’a lu les recommandations de l’OMS (voir ci-dessous) sur le port du masque qui elles-même changent régulièrement. Les masques sont portés n’importe comment, ils sont quasiment tous rafistolés, surtout les masques à usage unique qui sont mis et remis depuis des semaines, ils sont sales. Quand ils sont là. Dans le village où nous allons monter à cheval, à 20 minutes de chez nous, personne ne porte de masque. L’autre jour je suis sortie pour amener du pain à une voisine. Au bout de 20 mètres, je me dis « Tiens mais il manque pas quelque chose ?? » J’étais sortie sans masque, et ça me faisait tout bizarre. À quelle vitesse certaines habitudes se prennent… En attendant, ce sera toujours utile contre la pollution !

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Dessins masqués de Priya Kuriyan

 

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mardi, 30 juin 2020

Le mois sans fin - Le Covid vu par une Française en Inde - 30.06

  • Nombre de cas en France : 164 260 (29 813 morts)
    • Jour de déconfinement : 50
  • Nombre de cas en Inde : 568 315 (16 917 morts) 
    • Jour de déconfinement national : 30

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Source https://www.worldometers.info/coronavirus/country/india/

Je ne regarde plus les chiffres, je n’écoute plus les discours de Modi, je ne comprends plus quelles sont les règles désormais. Je flotte…

Même si le nombre de malades explosent, le Gouvernement veut contrôler les statistiques. On ne teste plus que les cas critiques, et les médecins n’ont plus le droit de tester un patient avant d’opérer.

Une collègue m’a informée vendredi dernier qu’on attendait le pic de l’épidémie en Inde en… novembre (source). J’ai hésité entre faire une syncope, ou me mettre à pleurer. Et puis une fois le choc passé, la vie a recommencé comme avant. La vérité c’est que personne ne sait rien – ou pas grand-monde et pas grand-chose.

Le choc suivant m’a été assené par le directeur de la maternelle de mon fils. Les écoles resteront fermées jusqu’au 31 juillet (alors que les grandes vacances se terminent cette semaine), il est à peu près sûr que les classes ouvriront par étapes : lycée, collège, école primaire et maternelle, pas avant octobre pour les petites sections ! Il se trompe peut-être…

Les vols internationaux commerciaux sont encore arrêtés. Les étrangers (hors OCI) peuvent quitter l’Inde, mais leurs visas seront ensuite annulés, les vols non garantis etc.

Il y a toujours un couvre-feu, de 22 heures à 5 heures, sans que personne ne sache bien à quoi cela serve, à part se moquer du Gouvernement, cette mesure impliquant que le virus se déplace essentiellement la nuit…

Il n’y a plus de place dans les hôpitaux, en tout cas à Delhi. En même temps, rappelons que l’Inde est encore un pays pauvre et qu’elle a au moins un gigantesque réseau d’établissements publics pour soigner les plus pauvres (quand ils ont de la place et un peu de matériel) et des soins sans doute pas optimums mais au moins, ceux qui arrivent jusqu’à l’hôpital, ne sont pas jetés dehors. Corona ou pas corona, l’Inde ne peut pas vraiment faire face à une épidémie de cette ampleur : L’Inde aurait 739 024 lits d’hôpitaux dans des établissements publics – soit 0,6 lits pour 1 000 personnes. Les lits de réanimation représenteraient 5% du nombre total de lits, soit moins de 40 000. La France a 3 lits en soins intensifs pour 1 000 habitants : 253 364 lits d’hôpitaux publics et 5 000 de réa. Je te laisse faire les maths et je nous laisse trembler (3 fois plus de lits d’hôpitaux, 8 fois plus de lits de réa, 20 fois plus d’habitants).

La vie a plus ou moins repris son cours, plus personne ne se plaint depuis que les maids ont repris le boulot et qu’Amazon a repris du service.

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Certaines villes sont encore en confinement, certaines zones sont encore scellées (containment). Globalement, pour ceux qui ont le luxe de pouvoir sortir ou rester chez eux, il y a les samourais qui se considèrent invincibles et ceux qui se barricadent chez eux. Cela fait un peu plus de 3 mois que toute vie sociale a été annihilée et que chaque famille vit en autarcie les uns avec les autres. Avec la chaleur, il y a des câbles qui pètent et je ne te parle pas que de l’électricité ! On essaye d’avoir une routine, de continuer à bien manger, on bénit les rares voisins qui autorisent les enfants à jouer ensemble, on essaye de travailler et on avance dans ce mois sans fin…

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lundi, 22 juin 2020

Le mystère des noms de famille indiens

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La plupart des Indiens ont un nom de famille, comme Kapoor ou Kumar. Les prénoms quant à eux ont quasiment tous une signification et la première lettre est souvent choisie par l’astrologue.

Que signifient les noms de famille indiens ?

Ces noms indiquent en premier lieu la religion. Par exemple, Jain est un nom jain, Tata parsi, Khan musulman. Singh est un nom sikh – et c’est le nom de famille de la majorité des Sikhs mâles (mais pas tous), tandis que les femmes ont le nom de famille Kaur (le lion et la princesse) – mais il y a aussi des Hindous qui portent ce nom de famille. Comment faire simple quand on peut faire compliqué ?!

Ensuite, ils sont souvent liés à une région. Par exemple, les Patel sont majoritairement du Gujarat, les Anand du Punjab, les Banerjee et Chatterjee du West Bengal, les Jha dans le nord de l’Inde.

Enfin, ils indiquent parfois la caste/profession. Comme les Bhatt qui constituent un sous-groupe d’orfèvres punjabis, les Bedi un clan de la communauté Khatri, les Deshpande des brahmanes du Maharashtra, les Joshi des brahmanes astrologues à l’origine.

Il arrive que des Indiens abandonnent leur nom de famille lié à la caste et adoptent leur middle name (deuxième prénom) comme nom de famille, dans leur lutte contre la ségrégation liée au castéisme. M'enfin, d'après mon Indien préféré, au moment de se marier, ils se rappellent tout à fait leur caste.

Enfin, autre petite subtilité : Un nom avec le suffixe -walla signifie vaguement « le métier que pratiquaient les ancêtres ». Par exemple, le chaiwalla est celui qui prépare le thé masala, le balloonwalla fait des ballons et j’ai un ami qui s’appelle Ginwalla – j’ai longtemps cru que c’était une blague…

Les marques de respect en Inde

Il existe divers titres honorifiques Ces titres se présentent généralement sous la forme de préfixes, suffixes ou remplacements. Quelques exemples incluent Guru (enseignant ou expert), Baba (une marque de respect envers les ascètes hindous et sikhs mais peut aussi signifier père), Raj (roi ou royauté), Sri (peut signifier monsieur quand il est suivi du prénom+nom de famille (e.g. Sri Ravi Shankar) ou utilisé comme titre de vénération pour les divinités) et Sahab (même signification que Sri mais il suit le nom de famille). Les suffixes -bhai (frère) et -ben (sœur) sont souvent ajoutés aux prénoms gujaratis (ex. Sanjaybhai) comme marque de respect.

Il est courant d’ajouter le suffixe honorifique non genré -ji à un prénom, un nom de famille ou même une chose, en signe de respect (ex. Madhavi-ji, sir-ji, nahi-ji (pour dire non)), pratique du Nord de l’Inde.

La structure du nom indien

La règle est plus ou moins la suivante :

  • Hindous : prénom [+ middle name] + nom de famille. En se mariant, la femme prend le nom de famille de son mari.
  • Hindous du Gujarat : prénom + prénom du père + nom de famille. La femme prend le nom de famille de son mari et change son middle name avec le prénom de son mari.
  • Hindous d’Inde du Sud : une règle est la suivante, mais il y en a probablement plein d’autres : Initiale (du nom du village) + Initiale (du prénom du père) + Prénom (+ nom de caste) – d’où souvent des noms avec plusieurs initiales ou des noms à rallonge. Voir ci-dessous pour plus de détails.

Le middle name est important pour aider à différencier un Raj Kumar d’un autre – parce qu’ils sont plusieurs milliers en Inde, pour ne citer qu’un exemple.

Quand une femme se marie, elle adopte le nom de famille de son mari et perd le sien – quand ils n’ont pas déjà le même, ce qui arrive souvent vu que les castes sont endogames. Si elle se marie hors de sa caste, la question peut être problématique, elle peut par exemple refuser d’adopter un nom de famille de caste inférieure.

Les Indiens du Sud : quand mon nom est Personne

Et puis il y a l’Inde du Sud, surtout le Tamil Nadu et le Kerala. S’il existe des noms de famille, comme les Iyer (des Hindous brahmanes du Tamil Nadu) et les Nair/Nayar « protecteurs de la terre » au Kerala. Il y a aussi les Pillai, Iyengar, Chettiar, Menon etc. Mais dans la réalité, c’est le bazar car de nombreux Indiens du Sud n’ont tout simplement pas de nom de famille.

Prenons un exemple. Radhika s’appelle Radhika et rien d’autre, elle n’a que son prénom. Sur son acte de naissance et sur ses certificats scolaires, elle est M Radhika – le M étant l’initiale du prénom de son père Murugesan. (Elle pourrait d'ailleurs s'appeler Radhika M.) Elle est docteur et ses patients indiens l’appellent Dr Radhika. Et puis elle se marie à un certain Rajkumar et devient Radhika Rajkumar administrativement. Mais pas question qu’on l’appelle Dr Rajkumar. Au pire, elle préfèrerait prendre le nom de sa caste ou de son lieu d’origine.

Dans la famille kéralaise de mon Indien préféré, les oncles ne portent pas le même nom de famille (certains n'ont pas le nom de la caste) et les initiales se baladent différemment suivant les noms. Va comprendre...

L’Inde et les États-Unis acceptent de laisser le nom de famille vide dans le passeport. Les Européens ont plus de mal avec le concept. Dans tous les cas, les administrations du monde entier n’aiment pas trop une case vide dans le nom et ça pose souvent problème pour un Indien hors d’Inde de ne pas avoir de nom de famille.

Quand une étrangère épouse un Indien, quel nom de famille ?

Maintenant en tant qu’étrangère qui épouse un Indien, que faire, quel nom prendre ? Si tu épouses un Sikh qui s’appelle Singh, choisiras-tu Singh (comme c’est la coutume en général en Occident) ou Kaur (comme c’est la coutume chez les Sikhs mais avoir un nom complètement différent de celui de votre mari soulèvera certainement des questions) ?

Et si tu épouses un Tamoul qui s’appelle R. Sanjay, décideras-tu d’ajouter comme nom d’épouse Sanjay ou R. ou Raj (forme longue de R.) ? Perso, je conseillerais de ne pas ajouter de nom d’épouse sur le passeport parce que le « ép. » dans Joséphine Henry ép. Sanjay, les Indiens ils comprennent pas ce que c’est et c’est le bazar complet dans les papiers administratifs comme l’OCI. (Les ressortissantes de nationalité française n’ont pas le droit d’abandonner leur nom de jeune fille après le mariage. Il est possible de faire une procédure de changement de nom mais c’est procédurier.)

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