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lundi, 02 novembre 2015

Quel est le comble pour une hijra?

Alors déjà, c’est quoi une hijra ? Ni homme ni femme ou plutôt homme et femme à la fois… Pour faire simple, le Gouvernement (qui ne les a reconnues officiellement qu’en 2014) les classifie sous le générique ‘troisième sexe’. Ca englobe donc les hermaphrodites, les eunuques, les transgenres et les travestis (même si techniquement, la majorité se fait émasculer et qu’il existe aussi des travestis qui s’habillent en femmes pour le plaisir et pas parce qu’ils sont hijras).

La tradition remonte à plusieurs milliers d’années où le genre était assez en vogue dans les cours royales. Ils avaient d’ailleurs la réputation de porter bonheur (et se pointe d’ailleurs toujours aux mariages et naissances pour quérir leur dû en échange de leurs bénédictions). Et puis les Anglais ont débarqué et découvert cette pratique ; dégoûtés, ils les ont ostracisés et ils sont souvent réduits à la mendicité et la prostitution. Et les quotas mis en place l’année dernière n’aident pas beaucoup…

Si c’est clairement pas la panacée d’être une hijra en Inde aujourd’hui, elles ont leur petit succès au feu rouge et les mendiants, jamais en peine de créativité, ont trouvé de nouveaux moyens d’exploiter cette manne et de leur faire concurrence.

C’est ainsi que je suis tombée sur des hommes déguisés en hijra – oui, des hommes qui se déguisent en hommes qui s’habillent en femmes, c’est assez fort. On les reconnaît parce que les hijras ont quand même un certain côté féminin et là c'est limite si ils ont pas de la barbe...

Mais j’ai encore mieux ! Des femmes qui se déguisent en hijra – donc des femmes qui se déguisent en hommes qui s’habillent en femmes.Et elles on les reconnaît à l'absence de pomme d'Adam. Et on sait que c'est pas juste des femmes mendiantes parce qu'elles ont le 'style' hijra et tapent dans les mains comme ces dernières...

Bref, on est tombé sur la tête !!

lundi, 19 octobre 2015

Ils tapent sur des bambous et c'est (pas) numéro unj

Echange avec mon professeur de Hindi (oui j’essaye encore !) :

  • Elle : Fais une phrase avec « je suis... »
  • Moi : main thoda thakee hoon (je suis un peu fatiguée).
  • Elle : Oh non ! Mais pourquoi ?
  • Moi : Navratri... 
  • Elle : Oh tu jeunes ? (1)
  • Moi : Non je ne fais pas le jeun ! Ils tapent sur des tambours toute la nuit !! (2)

(1) Navratri est le festival où les différents avatars de la déesse Durga sont vénérés pendant neuf nuits (une nuit pour chaque incarnation). Beaucoup de gens jeûnent, en forme de gratitude à la déesse. « Le jeûne observé pendant Navratri a des origines religieuses, mais également scientifiques. Ce festival se produit deux fois par an, chaque fois quand la saison est sur le point de changer : de l'hiver à l'été et à nouveau quand l’air commence à devenir un peu frais. Et de fait, c'est aussi le moment où notre système immunitaire est faible et il est conseillé de manger des aliments légers et nutritifs. Ainsi, les règles du jeûne donnent à penser qu’on devrait s’abstenir de viande, alcool, grains, sel et tout ce qui est industriel. L’oignon et l’ail sont évités pendant le jeûne car ils sont connus pour générer beaucoup de chaleur dans le corps, tandis que les grains sont difficiles à digérer. Du point de vue ayurvédique, ces aliments attirent et absorbent les énergies négatives et devraient être évités pendant un changement saisonnier. » (source)

Oh, attends une minute ! Alors en fait je fais le jeune ! Parce que j'ai été bien malade ces 4 derniers jours (peut-être à cause du changement de temps ?) et je suis à la diète liquide (jus et soupes !) – histoire de laisser mon système digestif se reposer et laisser mon énergie se concentrer sur la guérison (t’as vu un peu comment je cause ??! ce que l’Inde m’a fait…)

(2) Ce festival est également connu pour ses danses. Et maintenant pour son bruit. Comme ils tapent sur des tambours comme des sourds tous les jours, de 21 heures à 23 heures dans le temple au pied de mon immeuble (et  oui, mamie et bébé samouraï se couchent avec les poules!). Je crois que ce soir je vais aller voir au lieu de me taper la tête contre les murs !!

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lundi, 14 septembre 2015

Une histoire de mariage, cheveux, rugby et bibine

Toute ressemblance avec des personnes existantes est fictive. Ou pas. 

Notre petite famille a récemment effectué son pèlerinage annuel au Kerala, organisé de sorte à pouvoir assister à un mariage. (Des fiançailles en vrai mais ça aurait pu aussi bien être un mariage alors on fera comme ci.) Je n’étais pas sûre sûre que ce soit une bonne idée : j’avais, en toute modestie, peur que mon petit samouraï et moi-même ‘volions la vedette’ à la mariée (le ‘blanc’, surtout quand c’est la première fois qu’on le voit, a une fâcheuse tendance à attirer l’attention). J’ai eu tort. Personne ne pouvait vraiment voler la vedette à la mariée, tout simplement parce que tout le monde s’en tape, ils ne pensent qu’à bouffer (dixit mes amis malayalis).   

 

Je suis arrivée, un peu angoissée parce que j’avais oublié de mettre du déo. Or je ne sors JAMAIS sans déo. A fortiori dans un endroit où il fait 35 degrés et 110% d’humidité. J’ai bien essayé d’en acheter à la pharmacie mais dans les intérieurs du Kerala, t’oublies le déo. Là encore, j’ai eu tort de m’en faire : pas plus tôt arrivée, une tante m’alpagua et me mit direct dans l’ambiance. Elle refoulait à cinq mètres la transpi qui a bien macéré !! Elle commença par essayer de dessaper mon bébé, habillé en petit Indien pour l’occasion, sous prétexte qu’il avait trop chaud. Sans bien sûr me demander mon avis. C’est sûr qu’elle, elle devait avoir bien chaud pour sentir comme ça ! Pas ébranlée de sa défaite (je ne la laissais pas aller plus loin que le min gilet sans manche), elle enchaîna – elle était en forme ! – avec un agréable commentaire quelque peu homérique « ta coupe de cheveux, c’est moche. » Estomaquée, je ne trouvai rien à répondre, et m’éloignai. Venant de sa part, c’était un peu l’hôpital qui se moque de la charité : le cheveu se raréfiant, sa maigre tignasse était rassemblée en une queue bien pathétique et surtout dégoulinant d’huile. Alors ça je ne comprends pas. Huiler les cheveux pour les nourrir, ok. Mais sortir avec les cheveux gras ?? Ptêt qu’ils trouvent ca beau quand ça luit ? Comme des chaussures bien lustrées ? Inutile de préciser que le cheveu gras, c’est ma hantise, au même niveau que des aisselles odorantes… 

 

Passé cette petite mise en jambe, il fallut faire face à une autre situation : en Inde, un bébé perd son statut de personne et devient un ballon de rugby. Dès qu’ils voient un bébé, les bras se tendent, ils l’attrapent et se le font passer. Je ne dois pas être un très bon demi de mêlée : à la vue de ces veilles, une avec des dents pourries, l’autre avec une barbe et encore une autre sans dent et avec une moustache, je ne lâchai pas le ballon. Pour être honnête, je ne le lâchai à personne, même à celles qui faisaient pas peur. Juste parce que les trois paires de bras tendus qui nous accueillirent me renvoyèrent dans mes cages, fuyant ce que je ressentais comme une agression. Alors qu’il s’agirait en fait d’une « politesse » de demander à porter les bébés, politesse que j’étais sensée retourner en donnant mon enfant. Et ben je vais te dire, passer pour une connasse malpolie rien à taper !! En bref, j'ai complètement pris le contre-pied, ça arrive...

D’autant que mon petit jouait le jeu et refusait de quitter mes bras. Bien sûr loin de moi l’idée de vouloir en faire un asocial. Non, je voulais juste lui laisser le temps de s’habituer à toutes ces nouvelles têtes avant de le jeter dans la mêlée !   

Toutes les bonnes femmes (et quelques bons hommes) ayant essuyé des revers, on finit par nous laisser tranquille. J’en profitais pour laisser le petit samouraï se dégourdir les jambes. Et il n’eut pas plus tôt les pieds posés au sol qu’un ‘uncle’ identifia une ouverture et se saisit du bébé ! Qui finit par tourner dans les bras de quatre femmes même pas de la famille de mon mari…  

 

Le mariage en lui-même se déroule dans une salle des fêtes ou dans une salle d'un temple. Les fiancés sont sur une scène dont ils ne décolleront pas. La cérémonie dure une dizaine de minutes, pendant laquelle les gens regardent – si ça dure plus longtemps, il se peut qu’ils aillent vaquer à leurs occupations en attendant la fin. Ensuite le buffet est annoncé ! (Pour l’occasion à 5 heures de l’après-midi.) C’est un peu le challenge ce repas : non seulement y a une queue monumentale avec les 500 personnes qui se jettent dessus, mais une fois que tu as attendu que tout le monde ait fini pour prendre ton plat, et ben les 500 autres qui sont passés à la digestion viennent te parler ! Tu te retrouves donc à être présentée à des ‘uncles’ et ‘aunties’ (formules de politesse pour adresser des aînés, surtout dans le nord de l’Inde), la bouche pleine et les doigts trempant dans le curry. Pas évident de rester classe. Donc quitte à être malpolie, au grand dam de mon mari, je décidai d'ignorer une ou deux personnes qui me furent présentées et me concentrai sur mon plat, histoire d’en finir au plus vite avec cette épreuve, et aller récupérer mon petit.  

 

Une fois que tu as fini de boustifailler, tu dois aller sur scène prendre une photo avec les mariés. Sinon les gens oublieront que tu es venu et te le reprocheront plus tard. (Je rigole.) C’est également une distraction bienvenue pour le couple qui est sinon obligé de taper tout seul des pauses bollywood pour le photographe. (Je rigole pas.) 

 

Voilà, c’est à peu près tout ce qui se passe dans un mariage hindou au Kerala… A 18 heures c'est bouclé et chacun regagne ses pénates. Ou se planque derrière la salle des fêtes pour picoler. Entre hommes. Et en cachette. Même si tout le monde le sait*. Les autres rentrent chez eux, tout contents d’avoir un nouvel évènement à commenter ! Même si il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, à part la nourriture et la coupe de cheveux de l’étrangère (qui a fait sensation, même pas dans le bon sens j’en ai peur). 

 

Moralité : je serai éternellement reconnaissante à mon Indien préféré de m’avoir épargné ça et d’avoir fait de notre mariage un évènement qui restera dans les annales. Et j’attends avec impatience d’assister à un mariage en France pour avoir son point de vue !! 

 

 

* Les statistiques montrent que les Indiens boivent moins que les Européens (4,3 versus 12,5 litres par an) sauf qu’il faudrait retirer les femmes (qui n’ont pas le droit de boire), les hommes pieux (qui ne boivent pas par conviction religieuse), et tous ceux qui boivent de l’alcool maison, qui tue en silence, sauf quand il tape un grand coup et fait plus d’une centaine de morts (comme c’est arrivé en juin à Mumbai). Les Kéralais sont à un petit 10,2 litres par an, assez loin derrière les gars de l’Andhra Pradesh (35 litres). Toujours est-il que dans de nombreux Etats indiens, les taxes sur l’alcool représentent près du quart des revenus de l’Etat (22% au Kerala) ; quand on est à moins d’1% en France. Ça complique pas mal de choses quand les Etats se mettent en tête de réduire les ventes d’alcool, comme c’est le cas régulièrement un peu partout. Seul le Gujarat tient bon, mais le marché noir explose. Augmenter les taxes (déjà à plus de 100%) ou rendre l’alcool illégal c’est bien beau mais ça ne résout pas grand-chose…  

 

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(1) En Inde : http://indianexpress.com/article/india/india-others/kerala-increases-tax-on-liquor-beer-and-wine/#sthash.PNIRO4yJ.dpuf ; http://articles.economictimes.indiatimes.com/2015-05-16/news/62239496_1_total-prohibition-vm-sudheeran-kerala-government ; http://www.thehindubusinessline.com/economy/the-alcohol-economy/article5436924.ece ; http://www.thehindu.com/opinion/blogs/blog-datadelve/article6344654.ece

 

(2) En France : http://www.alcool-info-service.fr/alcool/consommation-alcool-france/culture-alcool-consommation-vin#.VfZl8Jf3aJ8 ; http://www.insee.fr/fr/themes/comptes-nationaux/tableau.asp?sous_theme=3.2&xml=t_3203 ; http://next.liberation.fr/vous/2011/02/17/quels-sont-les-pays-qui-consomment-le-plus-d-alcool-dans-le-monde_715595