Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 09 décembre 2019

Pollution en Inde - 3. L'air

Inde,pollution,air,delhi,PM2,5L’Inde abrite 14/15 des 20 villes les plus polluées au monde et certaines études indiquent que près de 700 millions d’Indiens sont exposés à un air malsain, selon un rapport de l’OMS de 2015.

  • L’Organisation mondiale de la Santé recommande un niveau maximal de 10 mg / m3 pour les PM 2,5 - mais précise que 91% des humains vivent dans des zones où ce taux est dépassé.
  • La norme nationale indienne est de 40.
  • L'hiver, à Delhi, la moyenne serait de plus de 300. (source)

Inde,pollution,air,delhi,PM2,5

À quoi est due cette pollution de l’air ?

  • Aux gaz d’échappement des véhicules,
  • Aux industries lourdes, y compris la production d’électricité,
  • Aux petites industries, y compris les fours à briques,
  • La poussière en suspension sur les routes en raison du déplacement des véhicules et des activités de construction,
  • La combustion à ciel ouvert, y compris pour la cuisson, l’éclairage et le chauffage,
  • La production d’énergie in situ via des groupes électrogènes diesel.

En outre, les niveaux de pollution varient suivant les saisons, notamment dans le nord. La météorologie des plaines indo-gangétiques est compliquée et joue un rôle important dans le cycle saisonnier observé de la pollution atmosphérique dans les villes de cette région – avec les hauts de l’hiver (dus à une forte inversion plus les tempêtes de poussière, les incendies de forêt, le brûlis des champs au moment des récoltes et les besoins en chauffage qui augmentent) et les bas de l’été (dus aux pluies).

Il y a donc des pics de pollution tous les ans ou presque. En janvier 2016, le niveau de PM 2.5 atteignait presque 300, et en novembre 2019, plus de 330 - l'OMS recommande en France maximum 3 jours d'exposition par an à 25 et on voit ce que ça donne en moyenne à Delhi (qui arrive quand même à déclarer des améliorations) : (source) (source)

inde,pollution,air,delhi,pm2,5

inde,pollution,air,delhi,pm2,5

Delhi est dans le top 10 et fait la une fréquemment depuis 2016, où la journée de « black Delhi » (le lendemain de Diwali, festival où fuse une quantité astronomique de pétards), où on ne voyait pas à dix mètres, plongés dans un brouillard noir, a fait flipper beaucoup de monde. Même sur France 2 on en parle. Enfin, si certains partent et qu'un mouvement "Quit Delhi" a été créé, ce n'est pas non plus l'exode. Et puis pour aller où (Goa manque dans la liste ci-dessous mais c'est sur beaucoup de lèvres) ?

inde,pollution,air,delhi,pm2,5

En fait, il y aurait plutôt une normalisation de la situation :

inde,pollution,air,delhi,pm2,5

lundi, 02 décembre 2019

Pollution en Inde - 2. La nourriture

La « révolution verte » des années 1970 visait à assurer l’accès de tous à l’alimentation. Elle s’est accompagnée d’apports massifs d’engrais chimiques, de pesticides et d’irrigation, qui ont permis une amélioration des rendements. Au passage, les sols ont été endommagés : 50% des terres arables ont été dégradées et 5% sont inutilisables.

(Mais ne soyons pas complètement pessimistes non plus. D’une part, il paraît, selon la NASA, que la terre était en fait plus verte (de 5%) en février 2019 qu’il y a 20 ans, et ce grâce à la Chine (42%) et l’Inde (32%). C’est dû en Chine à d’intenses programmes de reboisement et en Inde à l’intensification des cultures) Et puis il y a des types qui achètent des bouts de désert complètement inutiles et bourrés de sel et les transforment en campus super verts (source) alors il y a de l’espoir !)

Certains chercheurs affirment que l’utilisation et la gestion des pesticides en Inde sont largement non réglementées et que les aliments contaminés par des résidus de pesticides sont utilisés librement par des consommateurs sans méfiance. Du coup, on ne sait pas trop ce que mange.

D’un côté on peut se rassurer en se disant que les petits agriculteurs (possédant moins de 2 hectares) représentent 85% des exploitations 44,6% de la zone cultivée. Et qu’ils n’ont pas assez d’argent pour se payer des engrais chimiques. D’ailleurs, 42% des districts utilisent 85% des fertilisants. Mais d’un autre côté, les gouvernements locaux ont souvent des subventions et distribuent des engrais – et ils le font tellement mal que l’efficacité des fertilisants est passée de 17,1 en 1980 à 6,5 en 2000. Trop d’engrais tue l’engrais, il faut le savoir.

On peut également lire la presse et baliser grave. Le lait, ces dernières années, s’est révélé être adultéré dans la plupart des États avec de l’eau et des détergents. Certains agriculteurs qui ne peuvent pas se payer d’engrais chimiques utilisent sans vergogne des hormones comme l’ocytocine pour avoir de plus beaux fruits et légumes à vendre, le sulfate de cuivre pour rehausser artificiellement les couleurs. Reste à déterminer si c’est une petite proportion ou une grosse majorité.

Contrôler l’adultération est un défi de taille mais une importance cruciale. Et puis il faudra regarder ce qui se passe dans l’industrie, parce que là aussi ça fait un peu peur (source) :

Inde,pollution,nourriture,contamination

Inde,pollution,nourriture,contamination 

lundi, 18 novembre 2019

L'eau en Inde - 2. La pénurie

Le contexte :

  1. L’Inde abrite 18% de la population mondiale mais n’a accès qu’à 4% des réserves mondiales d’eau fraîche.
  2. L’Inde a la 2ème surface agricole du globe mais seulement 41% des terres sont irriguées.
  3. Seulement 25% des ménages indiens ont accès à l’eau courante à la maison (40% ont des toilettes, et 80% ont l’électricité).
  4. 163 millions d’Indiens n’ont pas accès à de l’eau potable propre, et d’ailleurs 21% des maladies en Inde viennent de l’eau.
  5. Même quand ils ont accès à l’eau courante, les Indiens sont par nature parcimonieux. Même en ville par exemple, ils utilisent des seaux pour se laver (utilisant ainsi moins de 10 litres pour une douche quand un Français utilise 40 à 60 litres par douche et 100 à 200 litres par bain.
  6. 12% de la population indienne vit déjà le scénario du « jour zéro » où il n’y a plus d’eau à pomper.
  7. 50% de l'eau distribuée est perdue à cause de fuites. (source)

En conclusion, beaucoup n’ont déjà pas accès à l’eau (que ce soit pour cultiver ou pour boire). Et la situation ne risque pas de s’améliorer à cause de l’augmentation de la population et de la surface irriguée, de l’industrialisation etc.

De plus, un autre défi à relever est la diminution inquiétante de la qualité de l’eau avec la contamination des eaux souterraines et la pollution des rivières (voir post suivant).

D’où vient l’eau en Inde ? (voir ici)

L’Inde dépend à 60% de la pluie et à 40% des rivières et de l’eau souterraine (le pays pompe d’ailleurs 25% de toute l’eau souterraine tirée dans le monde).

Les précipitations (qui proviennent à 85% de la mousson de juin-août) fournissent en une année environ 4 000 km3 – mais plus de la moitié retourne dans les océans.

La disponibilité des eaux de surface (rivières, lacs, réservoirs – 1 437 km3, dont seulement 32% peut être utilisé) et des eaux souterraines renouvelables (432 km3) est de 1 869 km3. Sur ce nombre, 60% seulement peuvent être utilisés, soit 1 122 km3. Selon certaines estimations, l’eau souterraine représente près de 80% des besoins en eau des ménages ruraux et 50% des besoins en eau des villes en Inde.

Mais comme je l’ai dit, la vie est mal faite et la répartition des rivières et des précipitations est très inégales géographiquement et dans le temps, variant d’une année sur l’autre. 46% des eaux souterraines se trouvent par exemple dans les bassins du Gange et du Brahmapoutre. Cette même région du nord et de l’est concentre 60% de l’eau de surface.

Certaines mégapoles, telles que Delhi et Mumbai, ont le privilège d’obtenir plus que la norme municipale de 150 litres d’eau par habitant et par jour (ce qui correspond à la moyenne française), tandis que d’autres villes reçoivent 40 à 50 litres et des villages beaucoup moins. (L’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique qu’une personne a besoin d’environ 25 litres d’eau par jour pour satisfaire ses besoins élémentaires en matière d’hygiène et d’alimentation. Le reste est utilisé à des fins non potables, telles que le nettoyage et le nettoyage.)

La politisation de l’eau :

L’eau est devenue une arme politique. Par exemple, fin 2017, le ministre de l’eau de Goa a déclaré que l’État ne partagerait pas « une seule goutte d’eau » avec le Karnataka voisin, à cause de désaccords politiques entre partis opposés.

Les tensions existent à l’international (avec le Pakistan et la Chine) mais le risque d’aggravation est modéré. En fait, la Chine, où sont les sources de l’Indus et du Brahmapoutre, ne peut pas limiter l’accès à l’eau à l’Inde, au risque de faire déborder ses barrages. Certes la position du Pakistan est un peu plus délicate.

Mais ce sont surtout les conflits internes pour l’eau qui devraient inquiéter :

  • En 2016 : des bus ont été incendiés à Bangalore dans la guerre pour la Cauvery/Kaveri river qui oppose le Karnataka et le Tamil Nadu depuis des décennies.
  • Le Telangana et l’Andhra Pradesh (États qui ont fait sécession en 2014) se battent bec et ongles pour les rivières Godavari et Krishna (le conflit n’épargnant pas le Maharashtra et le Karnataka). (La Godavari s’écoule d’ouest en est sur 1 465 kilomètres à travers le Maharashtra (48,6%), le Telangana (18,8%), l’Andhra Pradesh (4,5%), Chhattisgarh (10,9%), le Madhya Pradesh (10,0%), Odisha (5,7%), le Karnataka (1,4%) et Puducherry, pour finalement se jeter dans la baie du Bengale.)

Les « crises de l’eau » en Inde :

inde,eau,ressources en eau,eaux souterraines,rivières,crise de l'eau,tensions politiques,gange,chennai,shimla

  • 2018 : Crise de l’eau à Shimla, dans les montagnes pré-himalayennes (Himachal Pradesh) qui a été conséquemment fermée au tourisme pendant plusieurs semaines.
  • 2019 : Crise de l’eau à Chennai, 4ème plus grosse ville du pays et capitale du Tamil Nadu.

  • 2019 : Crise de l’eau à Latur (Maharashtra), qui a dû se faire approvisionner par des trains.
  • 2020 : 21 mégalopoles indiennes devraient atteindre ground zero en eaux souterraines (Delhi, Bengaluru, Chennai, Hyderabad et d’autres, affectant 100 millions de personnes), selon le rapport Composite Water Management Index (CWMI) de Niti Aayog (2018).
  • 2050 : L’Inde sera un pays avec peu d’eau (a moderate water scarce country) d'après un rapport.

Mais qu’on ne s’inquiète pas, alors que les températures augmentent et que les précipitations diminuent, les Indiens continuent de vivre comme si de rien n’était, chaque jour suffisant à sa peine.

Le Gouvernement se réveille mollement. En mai 2019, un nouveau ministère de l’eau Jal Shakti, a été formé pour ne se consacrer qu’à la question de l’eau. Eau qu’il faut récolter, conserver, recycler, distribuer et dépolluer. Y en qui ont du pain sur la planche surtout dans les cinq prochaines années, qui sont cruciales selon certains experts.

inde,eau,ressources en eau,eaux souterraines,rivières,crise de l'eau,tensions politiques,gange,chennai,shimla

inde,eau,ressources en eau,eaux souterraines,rivières,crise de l'eau,tensions politiques,gange,chennai,shimla